Après avoir écouté sur "France Culture" l'émission radio intitulée "Hacking : le pouvoir de la bidouille" (dans laquelle Michel Lallement est interrogé sur son livre "Age du faire") que M. Honoré m'avait proposée, je n'ai pas réécrit sur un article les notes que j'avais prises sur papier en l'écoutant. Donc les voici :
Avant de poursuivre, je précise simplement quelques petites choses : Michel Lallement est un sociologue du travail et professeur du Conservatoire national des arts et métiers à Paris. Il s'est rendu à San Francisco afin de partager la vie des hackers/makers et de les regarder inventer pour ensuite en faire un livre nommé "Age du faire".
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Un hacker/maker n'est pas un "vulgaire pirate informatique" (= ce qui définit un cracker), mais un "bricoleur de code".
Le point central de l'éthique hacker est : "On ne travaille que si l'on a du plaisir." La philosophie du faire consiste à trouver du plaisir/de la passion. Mot d'ordre : Faire -> nouveau rapport au travail. "Je ne fais quelque chose qu'à condition que j'y trouve du plaisir/de la passion/de l'intérêt." L'éthique hacker porte avec elle cette idée de passion. "Quand on fait quelque chose, il faut que ce soit beau." -> esthétique du geste
Les makers veulent être autonomes et changer la société. Le hacking, c'est aussi hacker des vêtements, de la nourriture mais aussi la société. La philosophie du hack consiste à transformer les choses de manière intelligente.
Les makers réinventent le travail d'aujourd'hui mais pour demain. Ils construisent un monde positif. "Aujourd'hui s'invente avec les hackers." -> nouvelle façon de travailler, sortir du paradigme du travail de souffrance pour inventer des communautés dans lesquelles ils font du travail une fin en soi -> l'autonomie devient la finalité première !
L'éthique hacker, qui s'est dessinée au fil des années, a donné naissance à des valeurs cohérentes à ces hackers qui revendiquent cette identité :
1 - Le fait qu'il y a le principe du faire qui est à l’œuvre et qui est supposé modifier les conditions de travail ou plus généralement inspirer une révolution dans le travail
2 - La visée politique de faire des actions traditionnelles sur le domaine de la contestation
3 - Le fait de ne pas être des militants mais être des personnes qui prennent plaisir à ce qu'elles font.
Les FabLabs sont des cousins des hackerspaces. Beaucoup d'entreprises s'intéressent à ces espaces créatifs ! Il existe désormais environ 50-60 hackerspaces aujourd'hui ! Ces espaces
marginaux sont-ils decidés à le rester ? Il y a un développement
continu (avec ses cousins : FabLabs, Makerspaces, Techshops). Les
grandes entreprises sont extrêmement intéressées par ce type d'espaces
et par la philosophie qui est éprouvée de façon concrète. Il y a une
alliance entre ces espaces pour pouvoir imaginer d'autres façons de
travailler et d'innover. Beaucoup de hackers ont un boulot "normal" dans
des grosses boîtes, dont Google et ils viennent dans ces communautés
pour vivre "une deuxième vie".
La religion de l'objet lie les hackers/makers. L'enrichissement n'est pas le but !
Ils sont individualistes, se prennent pour des créateurs. Peu de femmes (10% en tout, c'est-à-dire dans les hackerspaces, FabLabs, etc.), que des blancs, lettrés, jeunes, célibataires. Ils seraient donc plutôt des aristocrates.
(voici le lien de l'émission radio "Hacking : le pouvoir de la bidouille" : http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=5025681)
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Une autre émission radio intitulée "Fabriquer avec Michel Lallement" (qui a été diffusée le 23.08.2015 sur "France Inter" et donc quatre mois après celle sur "France Culture", qui a été diffusée le 22.04.2015) ressemble beaucoup à celle dont je viens de parler, étant donné que le sujet est le même, à savoir le livre de Lallement. Ainsi, cette fois-ci, j'ai pu prendre plus de notes et mieux comprendre les propros de Michel Lallement.
(Ce qui est en bleu plus haut, c'est tout simplement ce qui a été redit dans cette deuxième émission ou qui va dans le même sens de ce qui a déjà été dit. Ainsi, j'évite de me répéter... bien que je le fasse inévitablement.)
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Le bidouillage est le terme central pour l'identité de hacker. Les hackers font du bidouillage intelligent pour créer des choses de façon licite. Ils inventent un nouveau rapport au travail en bidouillant comme ils en ont envie.
Il y a 2 tensions dans le monde hacker :
1 - opposition entre crackers (pirates de l'informatique) et makers/hackers (activité de création, rapport positif au monde de bidouillage créatif)
2 - opposition entre les passionnés d'informatique du côté des makers et ceux qui bidouillent d'autres choses que l'informatique -> vêtements (intérgrer de l'électronique), cuisine hacker (idée de récupérer des restes de nourriture des magasins = usage intelligent des restes
Monde numérique n'est pas un monde virtuel -> éthique hacker
La communauté où était Michel Lallement se trouve au coeur de San Francisco. Là-bas, on compte 75% d'hommes qui ont la trentaine. 1ère règle : on ne dort pas sur place, même si l'on peut venir hacker matin et soir, du lundi au dimanche. C'est un lieu pour pouvoir faire ! C'est un peu comme une grande grotte ou un bric à brac. Il contient des ordinateurs des années 60 et des plus récents, des imprimantes 3D, des découpeuses laser, des machines à commande numérique et des outils ordinaires. Il y a aussi un coin photo, bibliothèque et cuisine. C'est donc comme un énorme établi où l'on a accuelli semaine après semaine de vieilles choses récupérées dans la rue, des machines données etc. Le coût d'installation n'est donc pas énorme, l'idée étant de récupérer et de faire du bricolage intelligent.
Il y a un choc de représentation du monde informatique : on se le représente organisé et non pas comme une caverne d'Ali Baba où l'on bricole. Ce choc nous est mis devant nos yeux par le monde hacker. Idée de retour à la matérialité !
Ce sont des anarchistes -> il n'y a pas de chef, la communauté doit s'auto-organiser elle-même (mais il existe tout de même des "chefs" : les anciens)
(voici le lien de l'émission radio "Fabriquer avec Michel Lallement" : http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=1119213)